La collaboration audiologiste/audioprothésiste sans conflit d’intérêts… C’est possible

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Au Québec, l’audiologiste et l’audioprothésiste ont des rôles complémentaires à l’égard de l’appareillage auditif.La législation québécoise distingue les rôles et responsabilités respectifs des audiologistes et des audioprothésistes quant à l’attribution des prothèses auditives. (Règlement sur les aides auditives et les services assurés, chapitre A-29, r. 2 chapitre II (modalités d’attribution), art. 6.). De plus :

  • L’audiologiste a l’activité réservée d’évaluer les troubles de l’audition dans le but de déterminer un plan d’intervention, incluant, si applicable, la recommandation des prothèses auditives (Code des professions, art. 37.1, alinéa 2° a) ;
  • l’audioprothésiste a l’exercice exclusif de vendre, poser et remplacer une prothèse auditive sur attestation d’un ORL ou d’un audiologiste (Loi sur les audioprothésistes, art. 7 et 8.) ;
  • l’ajustement d’une aide auditive est une activité partagée par les deux professionnels (Code des professions, art. 37.1, alinéa 2° b).

La collaboration entre audiologiste et audioprothésiste est souhaitable afin de bien desservir la population. Plusieurs formes de partenariat existent entre les deux professionnels, mais l’important est que le client demeure libre de choisir chacun des professionnels indépendamment l’un de l’autre.

Lorsque le client croit ou soupçonne  que l’audiologiste a un intérêt à diriger sa clientèle vers un audioprothésiste en particulier, sa confiance envers l’exercice de l’audiologie est altérée. Pour éviter de se placer en situation de conflit d’intérêts, l’audiologiste doit remplir ses responsabilités avec neutralité et impartialité, car même l’apparence d’un conflit d’intérêts peut porter atteinte à la crédibilité de la profession et le placer en situation de faute déontologique (Code de déontologie de l’OOAQ, art. 32).

L’audiologiste doit sauvegarder son indépendance professionnelle et éviter toute situation où il serait en conflit d’intérêts ou en apparence de conflit d’intérêts. Afin de prévenir une telle situation, l’audiologiste, dans sa pratique, devra :

  • S’abstenir de favoriser indûment un audioprothésiste.
  • Établir un contrat qui représente la juste valeur marchande de la location lors d’une location de bureaux et d’équipements à un audioprothésiste
  • S’identifier clairement comme audiologiste auprès du client sans ambiguïté quant à son indépendance versus l’audioprothésiste (Code de déontologie de l’OOAQ, art. 8). En aucun temps le client ne doit être porté à croire que l’audiologiste est au service de l’audioprothésiste. Cela s’applique notamment dans l’affichage à l’intérieur et à l’extérieur du bureau et peut se traduire aussi par l’utilisation d’une papeterie distincte et par la formation du personnel de soutien quant aux différents rôles et responsabilités de chacun des professionnels.
  • Exercer son autonomie complète et inconditionnelle sur le choix de la clientèle, la durée des rendez-vous, les recommandations, le choix des tests, le type de problématique.
  • Établir un plan d’intervention audiologique sans influence ni pression.
  • S’abstenir de remettre à l’audioprothésiste ou de recevoir de celui-ci un avantage de type ristourne ou commission en lien avec une prestation de service (Code de déontologie de l’OOAQ, art. 8 et 33 alinéa 2°).
  • Respecter les règles pour la conservation des dossiers dans un classeur barré avec accès exclusif à l’audiologiste (Règlement sur les dossiers et la tenue des bureaux des membres de l’OOAQ, art. 9). Cette règle s’applique également au personnel de soutien. Par exemple, si la secrétaire de l’audiologiste est la même que celle de l’audioprothésiste, elle ne peut pas remettre un rapport audiologique d’un client à l’audioprothésiste sans avoir l’autorisation écrite du client. L’audiologiste est responsable de s’assurer que le personnel de soutien respecte les règlements auxquels il est lui-même soumis.
  • Identifier clairement le titre et les rôles de chacun dans le cas d’une publicité commune dans les médias (site Web, magazine, journal, dépliant ou autre).

Sauvegarder son indépendance professionnelle  est  une pratique préventive afin que dans l’œil du client, il n’y ait aucune ambiguïté quant à un possible conflit d’intérêts.

La prévention a bien meilleur coût.