Le travail de l’orthophoniste en dysphagie: l’expertise, l’autonomie et l’interdisciplinaire

La grande compétence des orthophonistes dans le domaine de l’évaluation de la déglutition, notamment sur le plan de la physiologie de la fonction oro-pharyngo laryngée, ne devrait plus être à démontrer dans les milieux cliniques au Québec.  Comme partout dans le monde, elle devrait être reconnue d’emblée. Pourtant, je suis conscient que depuis plusieurs années, la situation sur le terrain n’est pas aussi simple et beaucoup de cliniciens doivent constamment faire face à des pressions qui s’apparentent parfois même à de l’intimidation de la part de collègues issus d’une autre discipline. En outre, de fausses informations circulent trop souvent, issues d’interprétations erronées.

C’est malheureux et inacceptable, d’autant plus que l’OOAQ a toujours prôné la valeur ajoutée de l’interdisciplinarité dans le domaine de la déglutition. Dans ce contexte, j’ai mis en place, dès mon arrivée à la présidence de l’Ordre, un groupe de travail en dysphagie chargé d’entreprendre différentes démarches visant notamment à soutenir les membres dans ce domaine clinique important. Il s’agit d’un travail de longue haleine et certaines des actions initiées nécessiteront beaucoup de temps. Les résultats vous seront communiqués le plus rapidement possible. Dans l’intervalle, je rappelle que l’OOAQ réitère régulièrement et publiquement auprès de tous les intervenants que ses membres ont les compétences pour réaliser l’ensemble des évaluations et des interventions liées à la déglutition, de façon autonome ou en interdisciplinarité selon l’exigence des milieux.

Le dossier du CHUM : un retour en arrière inacceptable

En 2011, à la suite d’un procès intenté par l’OPDQ (Ordre professionnel des diététistes du Québec) contre le CHUM (Centre hospitalier de l’Université de Montréal) concernant des directives administratives émanant du CHUM et liées aux activités professionnelles exercées auprès des personnes dysphagiques ou à risque de l’être, une entente est intervenue et des travaux de collaboration inter ordres ont été entrepris entre l’OOAQ, l’OPDQ ainsi que l’OEQ (Ordre des ergothérapeutes du Québec). Ces travaux, qui ont nécessité un accompagnement de l’Office des professions (l’Office), ont toujours mis l’accent sur une compréhension commune des éléments essentiels de l’entente, soit l’interdisciplinarité et la reconnaissance des expertises de chacun des professionnels impliqués. Après près de 4 ans de discussions, un consensus conforme aux engagements qui avaient été convenus devant la Cour a été atteint.

Malheureusement, l’OPDQ a ensuite fait volte-face et a rejudiciarisé le dossier en 2018 en soumettant à nouveau devant la Cour supérieure du Québec une demande introductive d’instance en jugement déclaratoire à l’égard du CHUM. L’OOAQ et l’OEQ ne sont pas poursuivis directement, mais mis en cause. Essentiellement, par ce recours, l’OPDQ cherche à faire constater et déclarer que les directives actuelles d’organisation clinique au CHUM en matière de dysphagie contreviennent au Code des professions, bien qu’elles soient issues d’une démarche interdisciplinaire et qu’elles aient mis le patient au centre des actions.

La position de l’OOAQ, tout comme celle de l’OEQ, est sans équivoque : l’OOAQ fait valoir qu’il s’agit d’un recours mal fondé en droit, dont les aboutissants potentiels sur le système professionnel et sur la notion d’interdisciplinarité sont inquiétants. D’ailleurs, Alain Bibeau, président de l’OEQ, et moi-même avons interpellé à nouveau l’Office des professions en cosignant, en décembre dernier, une lettre adressée à sa présidente, madame Diane Legault, dont voici un extrait :

« Nous croyons fermement aux bienfaits de l’interdisciplinarité ainsi qu’à la collaboration inter ordre et ce, à plus fort escient dans le contexte particulier du domaine de la santé ou divers intervenants sont appelés à collaborer sur une base quotidienne. La décision qui sera rendue à la suite de la démarche entamée par l’OPDQ risque d’avoir des conséquences majeures sur l’ensemble de la collaboration professionnelle et il nous apparaît important d’informer l’Office des professions de la situation. »

La Cour supérieure entendra la cause en juin 2020. Malgré toute l’adversité, l’OOAQ maintient que les services aux patients dysphagiques ou à risque de l’être doivent être rendus dans un contexte qui favorise l’interdisciplinarité avec l’ensemble des professionnels et que le patient doit demeurer au centre des préoccupations. Le système de santé ne peut plus se permettre des valeurs individualistes et corporatives. C’est là le message que chacun d’entre nous doit marteler pour que les plus résistants comprennent qu’ils n’ont rien à y gagner.

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